Mes valeurs politiques

Etre centriste au XXIème siècle

Si les Centristes ont plus que d’autres connu les joies et les affres d’une présence importante dans les gouvernements qui se sont succédés depuis la Révolution et ont donc participé activement à mettre en place et à renforcer l’idéal puis l’acquis républicain, ils n’ont pas toujours réussi à créer une image totalement positive dans l’opinion publique. Elle leur serait pourtant aujourd’hui nécessaire pour espérer redevenir le cœur de la vie politique.

Trois caractéristiques marquent l’histoire du centrisme dans notre pays :

1-      L’absence de leader providentiel

Dans un pays marqué depuis trois siècles par des personnalités hors du commun rayonnant au plus haut sommet de l’Etat et donc par un poids important du Bonapartisme, le centrisme qui a offert des figures positives très diversifiées à l’histoire du pays, mais rarement de premier plan, n’a pas su se créer un Panthéon de personnalités historiques.

Dans une France lassée de l’Ancien Régime où la Révolution a débouché sur l’Empire, le Bonapartisme a imposé ses figures fortes et charismatiques. Et de Napoléon III à de Gaulle en passant par Poincaré, Blum et Clémenceau, le pouvoir unipersonnel à forte charge symbolique a toujours été préféré à la simplicité du gouvernement des justes et des pragmatiques.

Les spécificités constitutionnelles depuis deux siècles et demi n’ont fait que renforcer cet état de fait.

Edgar Faure, l'un des grands noms de l'Histoire du Parti Radical

Battu sur sa droite comme sur sa gauche sur ce terrain, le centre n’a pas su ou voulu « s’incarner » dans des personnalités présentées comme hors du commun, bien que les talents n’aient jamais manqué de Guizot, Tocqueville ou Constant au début du dix-neuvième siècle, de Léopold Bellan entre les deux guerres, à Edgar Faure (PHOTO) après la Seconde Guerre Mondiale, de Jean Lecanuet à Jean Jacques Servan Schreiber dans les années 70, avant de retrouver aujourd’hui François Bayrou et Jean-Louis Borloo.

Le Centrisme a donc été chassé de l’histoire connue de la majorité des Français, devenant pour reprendre l’expression de Péguy dans Clio un «perdant» reconnu comme tel.

2-      Le goût de l’action de terrain

Surreprésentés dans les instances locales et décentralisées – ce qui explique aussi leur poids historique au Sénat -, les centristes ont compensé leur manque de reconnaissance de long terme au niveau national par une présence active sur le terrain.

Cet investissement dans l’action au plus proche des citoyens leur a permis de pouvoir revendiquer un nombre impressionnant de réformes touchant au quotidien. Au fracas des réformes symboliques, ils ont toujours préféré l’accumulation des avancées concrètes. C’est pourquoi dans l’aménagement du territoire, dans l’avancée de la démocratie et dans les aménagements de la fiscalité, ils ont pu construire un  corpus essentiel depuis le début du XXème siècle. Si certains n’ont en revanche pas compris qu’un monde nouveau où la domination coloniale n’avait plus cours naissait, tous ont toujours mis en avant la nécessité d’un engagement européen, facteur de paix universel et de fraternité entre les peuples.

Léon Gambetta, figure de proue du courant radical dès 1860

Mais c’est dans la dimension éducative qu’ils ont toujours trouvé leur terrain d’élection réformateur. De Guizot à Duruy en passant ensuite par Ferry et Gambetta (PHOTO), ils ont toujours consacré leur effort le plus important à cet effort nécessaire pour satisfaire à la fois le besoin du pays et le progrès de l’individu. Sans l’Education, le Centrisme serait un mouvement sans profondeur historique. A l’égalitarisme forcené dont les communistes se sont fait les chantres depuis l’après-guerre, ils ont en effet toujours préféré l’accomplissement individuel et l’amélioration des performances du système, car l’Ecole a toujours été pour eux le meilleur tremplin pour mettre en avant la capacité de la société à progresser et à faire bénéficier chacun des citoyens d’une aptitude à sortir de sa condition.

3-      Une multiplicité de courants

A l’inverse des partis qui ont surgi pour imposer un rassemblement large à droite comme à gauche, le Centrisme a toujours été éclaté et, à l’exception du MRP après-guerre, n’a jamais su aller au combat politique sous une bannière unique. Sans doute la bataille scolaire du début du XXème siècle a-t-elle eu trop longtemps des conséquences négatives sur les relations entre la composante chrétienne née du Sentier et la composante laïque proche de la franc-maçonnerie née du combat de 1905. Les grands moments de la querelle scolaire (1920, 1952, 1983) au XXème Siècle ont d’ailleurs souvent réveillé les antagonismes.

François Bayrou, président du MODEM

Par ailleurs, la stabilité idéologique du Centrisme à partir des grandes valeurs de liberté, d’humanisme et de progression individuelle a souvent été bousculée par une propension forte de ses personnalités emblématiques à se situer en début de carrière dans des alliances plutôt à gauche puis d’évoluer au fil du temps vers un centre droit qui, pour certains, a même eu en fin de carrière des connotations de conservatisme. Ainsi en a-t-il été des Républicains opportunistes, des Radicaux et des tenants après la Deuxième Guerre Mondiale de la Troisième Voie.

Dans l’Entre-Deux-Guerres, la tentative de l’ADN a été un échec. Dans les années 70, le giscardisme a tenté une fusion large en rassemblant centristes et libéraux mais cette construction était davantage bâtie sur une opposition commune au bonapartisme gaulliste que sur une volonté de rassembler les courants idéologiques dominant au début du dix-neuvième siècle. Deux Français sur Trois était une expression d’un contexte idéalisé, mais non l’affirmation que le Centre était désormais au cœur du débat…

Aujourd’hui la persistance de nombreuses composantes de la famille centriste qui ne réussit plus à se réunir lors des grands scrutins autour de candidats uniques reflètent cette propension à la dispersion.

Elle est aussi cependant aussi une chance car elle atteste d’un goût marqué par le respect des positions de chaque citoyen plutôt que pour un embrigadement sans nuances.

En réponse à ses trois particularités historiques, trois tendances de fond devront donc décider du succès à long terme du Centrisme au XXIème siècle :

1-      Sa capacité à trouver des formes de rassemblement à minima

On ne peut donc que se réjouir dans ce contexte de la création de l’Alliance qui devrait permettre à chacun de continuer à défendre sa bannière historique tout en mettant en avant la nécessité de participer unis aux grandes échéances électorales. Dans ce contexte, l’absence d’un candidat unique à fort potentiel à l’élection présidentielle ne peut être que préjudiciable mais elle peut être compensée par une présence constante dans les élections locales.

2-      Sa capacité à communiquer sur son corpus idéologique

La Liberté individuelle, l’Ecole et l’Europe comme moteurs de l’histoire sont autant de thèmes qui rassemblent au-delà de nos clivages internes. Tout simplement parce que ce sont autant des valeurs que des concepts et qu’elles ne se conçoivent que comme autant de figures d’un humanisme à la fois universel et parfaitement contemporain.

Il s’agit désormais de savoir associer à ce socle des dimensions apparues au XXème siècle qui ne peuvent que renforcer cet humanisme. Le souci de l’autre et de l’environnement en constituent des composantes essentielles. C’est pourquoi le souci des coopérations internationales et de la liberté de circuler, de s’installer partout dans le monde et de travailler en harmonie, quelle que soit son origine, doit être clairement affirmé, loin des exclusions nées de le peur de l’autre et de l’avenir véhiculées par les courants les plus conservateurs de la vie politique.

 3-      Sa propension à mettre en avant des hommes et des femmes de terrain innovants et déterminés

Si les centristes ont toujours eu des difficultés à faire émerger des personnalités fracassantes de niveau mondial, ils n’ont en revanche jamais manqué de distinguer et d’identifier des talents divers, particulièrement appréciés par leurs concitoyens au niveau local et au Parlement. Cette capacité à mettre en avant des personnalités riches et davantage soucieuses du bien commun que de leur parcours face à l’Histoire doit aujourd’hui être remise au goût du jour en favorisant une vraie diversité dans les candidats et candidates à présenter aux élections.

Cette diversité doit être clairement opposée au cumul des mandats et à la professionnalisation trop prononcée de l’action politique. C’est parce que nous avons toujours eu en notre sein des courants politiques différents que nous sommes aujourd’hui crédibles à présenter des hommes et des femmes déterminées à faire vivre une action publique assimilant les grands changements qui affectent le monde mais aussi capables de privilégier le sens de l’innovation sur la reproduction de mythes ou de traditions.

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Adjoint au Maire de Tours, en charge du Tourisme et des Grands Evénements. Président de la fédération Parti Radical d'Indre-et-Loire.